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Transcription :


Jeudi 16 mars 1916.


Ma petite Femme,


Je n’ai rien d’intéressant à te raconter ; par contre, ta lettre du 12, arrivée hier
m’a beaucoup intéressé, et surtout les nouvelles du jeune Bousquet. Ce grand garçon
a joliment reçu le baptême du feu ; après avoir vu Douaumont, il aura le droit de
parler de la guerre. A ce propos, il y a sur les journaux d’hier (15) un
compte-rendu officiel : je crois qu’il s’agit du 95e et du 85e ; lis-le, il en vaut la peine.- La grande bataille a
recommencé, plus violente si possible que jamais, et on ne dit pas que cette 3ème phase sera la dernière ; chose curieuse, on evacue toute la
population civile non seulement de Verdun mais encore des environs : n’est-ce qu’une
sage précaution, ou a-t-on des craintes ? Ma confiance n’a pas diminue,






pourtant j’eprouve un peu de cette angoisse que causent toutes les grandes
épreuves.


Je compose mon dossier pour l’Intendance, la paperasse est idiote : juges-en toi
même. Je suis au front depuis 9 mois, et pourtant j’ai du subir ce matin une visite
médicale pour attester que je suis apte à un service d’arrière. Je suis
fonctionnaire : ce n’est pas une garantie suffteabbr>
d’honorabilité, il faut faire venir un extrait de mon
casier
judiciaire ! Enfin avant-hier j’ai été interrogé par le Sous-Intendant
militaire sur mes connaissances en administration de l’intendance : il a constaté
que, comme tous les candidats, je suis d’une ignorance vraiment virginale sur ce
chapître, mais que j’etais apte à lreason="cancelled"a étudier et à l’appliquer. Et
voilà à quelles sottises on perd son temps, à
q.q. kilomètres des Boches, après 20 mois de
guerre ! J’oubliais : on a du déclarer que je savais me tenir à cheval !
Parfaitement !






Toutes ces formalités ont eu au moins un bon résultat : le médecin m’a ausculté très
minutieusement, et m’a dit que je n’avais pas la plus légère lésion ni aux poumons
ni au cœur. Je m’en doutais bien, mais il n’est pas désagréable d’en avoir la
certitude.


Ma petite vie continue monotone et tranquille, pas désagréable au total. On ne vit
pas mal, on dort parfaitement, on lit 2 ou 3 journaux chaque jour, enfin on fait
chaque soir une longue manille. Pour un peu plus, je souhaiterais que le régiment
restât toujours où il est- et moi aussi !


Toujours mes plus tendres embrassades à ma maisonnée.


Jean



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