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Transcription :


Dimanche 12 Mars 1916.


Petite femme,


Il fait assez beau, j’aperçois les paysannes flamandes qui reviennent de la messe,
encapuchonnées comme les campagnardes berrichonnes ; et cela me rappelle qu’il est
dimanche. Mais, ce détail mis à part, la journée sera pour moi semblable à toutes
les autres : le canon tonne presque sans arrêt et les Boches doivent prendre une
belle pillule, les corvées se font comme d’ordinaire, les papiers quotidiens ne
chôment pas : bref les jours se confondent dans la monotonie du tapage.


Et vous, est-ce plus varié ? Pourrez-vous faire une bonne promenade ? Ta migraine
n’a-t-elle pas eu de rechute ? Il y a longtemps que tu ne m’as rien dit de tes
locataires.


Ma lettre d’hier sera mise dans la boîte, chez toi, par un métallurgiste renvoyé




au dépôt ; elle gagnera peut-être 1 jour ou 2, à moins qu’il ne l’oublie dans sa
poche.


Je viens de faire 2 lettres embêtantes, pour demander un extrait de mon casier
judiciaire au Tribunal civil de St Etienne, et un certificat de
profession à M. Jasinski. Ces 2 pièces sont destinées à compléter ma demande pour
l’Intendance ; mais, ne te fais pas d’illusion, ce ne sont que des formalités
administratives dont peut-être il ne sortira rien. Tu sais, je ne crois plus à grand
chose, et surtout pas à la justice.


Hier, j’ai écrit à Alger et à St Etienne ; Jean-Baptiste est très
enrhûmé, et ce qu’il m’en dit me ferait plutôt croire à une atteinte de grippe ;
depuis q.q. années, sa santé paraît assez
fragile ; autrefois il était robuste et n’a jamais fait d’excès : bizarre et un peu
inquiétant !


J’attends, aujourd’hui ou demain, ta réponse à ma lettre remise par Berthelier : tu
as du avoir un peu de souci pour me




répondre, mais je suis certain que tu as été heureuse des renseignements qui te sont
parvenus, et que tu es maintenant aussi tranquille et rassurée qu’on peut
l’être.


T’ai-je dit que Variot allait partir en permission cette semaine ou la prochaine ; il
paraît que Marcelle s’ennuie autant que toi. J’irai probablement vous embrasser le
mois prochain, à moins que le chef n’y mette son veto (mais ce n’est pas
vraisemblable) ; je n’ose préciser, dans la crainte de me tromper ; pourtant je
pourrais bien arriver vers le 10 : mais n’oublie pas que des contre-ordres sont
toujours possibles. Malgré son incertitude et son imprécision, cette nouvelle va, à
coup sûr, te faire un très vif plaisir.


Sur cette bonne impression, je t’embrasse bien tendrement, bien doucement, ainsi
que nos deux chéris.


Ton Jean



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