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Transcription :


Vendredi, 10 Mars 1916.


Ma petite Lou,


Voici mon petit mot quotidien, très court faute de matière.


Le temps est redevenu mauvais, le froid est assez vif et la neige recommence à
tomber ; l’eau monte toujours par ici. Comme je plains ceux qui sont dehors, dans de
telles conditions ! et combien j’apprécie ma chance relative de rester au sec et
au chaud, sans trop de besogne, et presque sans souci !


Il ne se passe rien qui mérite d’être dit ; les Boches tirent très peu et se montrent
plutôt passifs. C’est une surprise, et pour expliquer cette attitude on raconte
qu’ils ont dégarni ce secteur en hommes et surtout en matériel, qu’ils n’ont guère
laissé devant nous que de médiocres canons et de vieilles munitions, qu’ils sont
obligés d’économiser les obus presque




partout afin d’alimenter la formidable bataille de Verdun. Qu’y a-t-il de vrai dans
tout cela ? je l’ignore absolument, mais cela me paraît assez vraisemblable.


A Verdun, ils n’obtiennent toujours aucun succès substantiel, pas plus à l’ouest de
la Meuse qu’à l’est ! Je reste convaincu qu’ils n’atteindront pas leur but. Mais ce
qu’il doit en tomber de pauvres petits gars ! Tu ne me dis pas si vos hôpitaux sont
au complet ; hélas ! j’ai tout lieu de le croire. Et ce n’est pas fini.


Ici, la vie est beaucoup moins difficile que je l’aurais cru ; le ravitaillement
marche très bien et on ne manque jamais de l’indispensable ; le combustible
lui-même arrive en quantité suffisante. En outre les commerçants restés au pays
ns vendent beaucoup de choses, mais à des
prix de guerre ; ainsi le vin, très médiocre, vaut 1 fr 25 à 1 fr,50 le litre.
Heureusement l’Intendance fait circuler 2 ou 3 fois par semaine des camions-




bazars qui ns vendent de bonnes denrées à des prix
acceptables, par exemple du bon vin à 0 fr, 80, et le reste à l’avenant.


Inutile de te redire que je vais bien et que je prends mon sort en patience.
J’espère recevoir un mot de toi ce soir.


Mes bien tendres embrassades à mes chéris.


Jean



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