Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19160309_53J6_0495

Transcription :


Jeudi, 9 Mars 1916.


Ma chère Louisette,


A cette heure tu dois être bien fixée sur mon compte, car Berthelier t’a
fait remis ma commission et t’a donné le renseignement verbal dont je
l’avais chargé ; tes inquiétudes doivent être calmées, car vraiment je cours les
mêmes risques qu’à Mareuil, ni plus ni moins. Le coquet village a eu son centre
bien ravagé par les gros obus, il y a 6 ou 7 semaines ; depuis il y arrive très
peu de projectiles, et mon bureau est situé assez loin dans une maison
isolée auprès de laquelle rien n’est jamais tombé. Seul le bruit de nos batteries
nous déchire q.q. fois les oreilles, mais je
recommence à m’y habituer, et déjà la dernière nuit elles ne m’ont plus éveillé. -
Mon bureau est installé dans un




estaminet consigné à la troupe pour un mois ; aussi je dispose d’une grande salle
bien tranquille, assez convenablement chauffée. Ma couchette se compose d’une
botte de paille liée dans ma toile de tente et posée sur une planche : j’y dors si
bien que ce matin je ne me suis guère éveillé avant 9
heures. On ne ns envoie de la tranchée que peu de
paperasses, aussi chaque soir on fait la manille de 8 à 10. Même en ligne, le
secteur est calme ; après 36 heures d’occupation, on ne signale encore ni un tué ni
un blessé dans le régiment, tandis que le régiment précédent avait été éprouvé. Je
continue à prendre mes repas avec q.q.
sous-officiers de la C.H.R.
restés dans le
village, on s’ingénie et on arrive à se faire des repas chauds et passables ; tant
que cela durera, je ne toucherai pas à mes provisions qui sont pour l’instant
largement suffisantes.




Je bavarde fréquemment avec Variot qui est en forme et compte retourner bientôt en
permission ; il ne me signale rien de saillant chez lui, et compte que la guerre
finira en août ou septembre. De mon côté, je me dis que les Allemands frappent trop
dur et trop longtemps à Verdun pour qu’il n’en résulte pas une fin plus proche de la
lutte ; et surtout si, comme je continue à le croire, ils échouent finalement, ils
en sortiront fort affaiblis matériellement et moralement.


Isolé comme je suis, loin de tout chef, je sens la douceur d’être à peu près mon
maître ; j’en jouis, et fréquemment je lance ma note ! Si les 12 jours passent
ainsi, ce sera épatant.


J’ai reçu des lettres de St Etienne, du Coteau, de Mâcon, qui
toutes me souhaitent bonne chance et s’attendrissent sur mon sort ; je vais calmer
cette bonne Dia, si prompte à s’alarmer ; à l’occasion, tu




feras la même bonne action auprès de nos autres parents.


Je ne vois plus rien à dire, sinon que j’ai le temps de penser à vous longuement et
que je n’y manque pas.


De longues et bien tendres embrassades à mes 3 chéris.


JDéléage


[surplus]


Dessin d’une croix.


Deux motifs au crayon à papier.



Aucun commentaire