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Transcription :



C. M.


Madame Déléage


29, rue Bourbonnoux



à Bourges


(Cher)



Le 19.1.16.


Ma chérie,


Je t’ai écrit hier ; mais comme exceptionnellement, je dispose d’une heure, j’en
profite pour t’envoyer ce mot.


A la vérité, je n’ai absolument rien à dire ; mais enfin, j’aurai au moins pensé à
toi et à nos fils, et vous aurai envoyé une fois de plus mes affectueuses
caresses.


Je suis bien au chaud dans le sous-sol qui ns sert de
bureau, pendant que le vent souffle en tempête ; raison de plus pour se trouver
mieux qu’au Labyrinte et profiter de ce bien-être très relatif. Ma correspondance
est absolument à jour, sauf que je n’ai pas répondu à Nicolas pensant que c’est
inutile. J’ai échangé sans difficulté mes chaussures brûlées, et sauf la capote me
voici remonté à neuf ; j’ai même 2 paires de bons souliers, dont 1 très pratique
laissés par les bicots dans lmairie où ns
étions il y a 10 jours ; bien m’a pris de me débarrasser de mes sous-vêtements
chauds, car la temperature est très douce ici, même la nuit et même par la pluie :
climat maritime ; je ne mets ni chandail, ni tricot, et ma vareuse suffit amplement.
Ma chambre est chaude, je couche sur 2 matelas où je dors très bien ; le vin manque
souvent, mais la bière abonde et elle est bonne.


Cela durera encore 10 jours ; puis en route pour la plage, je ne dis pas en route
pour les bains de mer ! Vie de bohème, tu vois. Te souviens-tu quand
ns disions que les fonctionnaires sont des
déracinés ; c’est maintenant surtout que c’est vrai ! – La capitulation du
Monténégro m’a bien surpris ; est-ce que ça se décollerait dans notre camp ? Par
contre les Boches faignent officiellement que leurs finances sont très
génées : est-ce bien vrai, ou n’est-ce qu’un argument de circonstance ? ou partie
l’un et l’autre sans doute. Dans quelle ignorance ns
vivons, sur les questions qui ns intéressent le plus
! – J’espère que ma lettre te trouvera bien reposée, contente de tes nouveaux
locataires ainsi que de la conduite de tes gars.


Embrasse-les aussi tendrement que je t’embrasse.


Jean



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