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Transcription :


Samedi, 20 9bre
1915


Ma chère,


Nous sommes revenus hier soir au repos à Habarcq ; mais trop tard pour t’envoyer un
mot ; le retour s’est effectué de jour ; par beau temps, assez vite et sans aucun
incident. Nous étions bien fatigués, mais le soir même
ns avons fait une petite noce jusqu’à 11 heures
qui nous a reunis d’aplomb ; aussi ce matin suis-je très bien. Il fait froid, un
froid noir assez gênant ; pourtant nous avons la cuisine de nos hôtes pour nous
chauffer, il n’y a que la nuit où le froid nous éveille ;
ns allons ns
restaurer ; ns soigner copieusement.


Voici notre menu de 11 heures : beuf grillé, tripes, macaronis au four ; tu vois que
des malheureux se contenteraient de ce déjeuner, et à fortiori des embusqués des
tranchées comme nous.


J’attends toujours ma nomination d’un jour à l’autre ; elle ne saurait tarder ; il
est presque certain que je ne remonterai pas aux tranchées jeudi prochain. Te dire
ce que j’en suis content ! Presque autant que toi. Je t’enverrai un mot « illico ».
Tu ne te douterais jamais de ce qui arrêtait ma nomination, de ce qui faisait
hésiter le colonel ; je te le donne bien en mille. Voici : j’étais suspect
d’antimilitarisme ! et comme le secrétaire




a l’acersion de lire pas mal de papiers confidentiels, on craignait d’introduire un
loup dans la bergerie. Mon Chef de bataillon, qui est intelligent et fort
bienveillant pour moi, à heureusement rétabli la vérité et s’est porté caution pour
moi. Sur ses instances ; le Colonel a fini par dire qu’il me nommerait. Je vais donc
me mettre au courant incessamment ; mais je devrai une belle chandelle au commandant
Sautel ! Comme je serais curieux de connaître le nom de la bonne âme qui m’a fait
cette réputation ; elle passerait un vilain quart d’heure ; je m’explique maintenant
pourquoi mes demandes d’officier n’ont pas abouti ; tu saisis sur le vif les
procedés jésuitiques, et combien j’ai raison de ne pas aimer ces gens-là.- J’ai
pourtant un ennui, c’est que ce pauvre Poupat, qui avait fait une demande en même
temps que moi, n’est pas encore agréé et j’ignore s’il le sera ; c’est lui qui en
avait eu la première idée, et voilà que c’est moi qui en profite ! Heureusement que
tout n’est pas perdu pour lui, et que


j’essaierai de l’aider, mais il va avoir de l’amertume.


Passons à un autre sujet. Pépé a été bien généreux pour les enfants, en effet, ainsi
que tu me l’ecris ; on achètera la bicyclette après la guerre. Il t’a




remis 150 francs, part de location du pré, mais lui as-tu fait remarquer qu’il en
était de sa poche à cause des impôts et de la diminution consentie à Chemarin ? A
propos de location, les Forest t’ont-ils remis les 220 francs d’intérêts echus le 11
courant ? T’ont-ils écrit à ce sujet ? ne les presse pas, s’ils ont besoin d’un
délai.- Je comprends ton amertume au sujet de la conduite de Marie, et je la partage
; mais vois-tu, ce qu’elle a fait est humain ; et puis tu as eu père 1 mois et ½, c’est beaucoup ;
enfin la nouvelle de ma nomination est
arrivée juste à point pour te tranquilliser et te faire patienter : c’est une
heureuse revanche que la destinée te donne. Et vois-tu, la nôtre est jusque là
heureuse, et plus que jamais je crois qu’elle le restera. Soigne tes petits
patiemment, le mieux possible ; sois douce et caline ; fais tout le possible pour
continuer à te bien porter et à rester mignonne, et puis le bonheur reviendra chez
toi ! Tu en acceptes l’augure, et ne te froisses pas de mes conseils, dis ?


Sur ce, je te prie d’embrasser longuement mes gars et d’accueillir mes plus tendres
caresses.


Ton Jean



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