Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19151113_53J6_0328

Transcription :


Samedi 13 9bre
1915


Ma Chérie,


Le temps fait comme le nègre, il continue à être mauvais, très mauvais. Les rafales
de pluie ne cessent pour ainsi dire pas ; c’est pour
ns le pire temps. Il faut constamment avoir la
pelle à la main pour maintenir les passages ouverts ; et comme la toile de Pénélope,
c’est un travail qui se défait à mesure qu’on le fait. Nous sommes dans un état de
sâleté ignominieux, la boue se niche jusque dans les oreilles ; obtenir un peu de
travail des soldats, dans de telles conditions, n’est certes pas chose facile, il
faut de la diplomatie. Pourtant le soir, quand on s’est un peu décrotté et qu’on
s’enferme dans son trou, on trouve parfois la force de pousser la romance car c’est
l’heure de la détente. On dort assez bien. Les boyaux sont dans un tel état que
demain ns faisons la relève en plein jour ; mon
régiment passe en 1ère ligne, mais ma compagnie reste en réserve
derrière la 1ère ligne. Je viens de voir Varriot qui parcourait
les boyaux ; il etait dans un état indescriptible, mais bien portant ; il m’a donné
de bonnes nouvelles de toute sa famille. Il n’est plus à la 19ème Cie, mais attaché aux
pionniers de son régiment.


Je reçois à l’instant une lettre de Maria Mourier ; elle m’annonce un colis de sa
mère ; quelle drôle d’idée ! enfin, je vais remercier. Surtout elle m’apprend que
tout va bien chez elle, y compris son mari, qui est maintenant près de




Soissons ; elle fait bien des vœux pour que tous les soldats de la famille reviennent
sauf et vite.- Jeanne ne m’oublie pas non plus, mais je suis bien en retard avec
elle.- Notre colonel reprend demain son commandement ; peut-être la solution que j’attends est-elle proche, mais avec lui on ne
peut jamais être sûr de rien ; attendons, froidement.


Et me voilà au bout de mon rouleau ; je reste bien portant, mais je ne m’amuse pas ;
la pluie achève de déprimer les gens autour de moi. Quelle vie, tout de même ! Je
comprends pleinement maintenant ce que c’est que la guerre d’usure. Enfin, trève d’effusions ; il faut plutôt redresser les
reins.


Embrasse bien mes petits gars ainsi que notre dévoué Pépé. A toi mes plus tendres
bises.


Jean


P.S. André est-il bien remis ? Curieux, ce gros rhume
si brusque ! N’oublie pas mes envois de tabac ; impossible d’en trouver ici, et la
fumée est ma plus grande distraction. Tu me parles d’argent ; il ne me sert à rien ici ; il ne pourrait servir qu’à me saoûler ; et
dieu merci je n’en suis pas encore là ! pourtant que d’exemples autour de
moi !Encore bibi de ton grand ami



Aucun commentaire