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Transcription :


Mardi, 9 bre>
1915.


Ma chère Petite,


Nous voici, depuis cette nuit, revenus à nos chères tranchées ; nous occupons le même
emplacement que du 13 au 18 8bre ; c’est dire que
ns ne sommes pas mal lotis : loin des
grosses légumes et loin de la ligne de feu. J’espère que
ns y serons relativement tranquilles pendant ces
5 jours.


La relève s’est faite par beau temps et dans des boyaux à peu près propres ; aussi
a-t-elle été incomparablement moins pénible que celle du 3, laquelle était vraiment
un record de l’avis des vieux poilus. Cependant mon sac archibondé de provisions m’a
suffisamment scié les épaules ; tu peux être assurée que j’ai suffisamment à manger
pour ces 10 jours. J’occupe le seul abri-caverne de ma section ; bien étayé et assez
profond, il pourrait défier de grosses marmites. Donc, pour
q.q. jours, paix à ton âme, chère
Enfant. – D’ailleurs il n’est pas certain que ns
restions longtemps dans ce secteur, si pénible et si agité ; on parle d’emmener la
division plus au sud, dans la Somme ; attendons pour être fixés. D’une manière plus
générale : toutes sortes de bruits courent sur les nouvelles dispositions prises en
vue de la guerre d’hiver ; comme il paraît impossible de vaincre les boches par les
moyens militaires, on essaierait de les prendre par la famine et la ruine ; alors on
se bornerait à la défensive ; on s’organiserait de manière à tenir avec moins de
troupes, de manière
façon à ramener à




l’intérieur ou même à licencier provisoirement
q.q. centaines de milliers de soldats. Je ne
sais ce qu’il y a de vrai dans ces propos, et je te les donne pour ce qu’ils
valent.


Hier le sergent Bigot est rentré à la compagnie, bien fatigué de son voyage, mais
enchanté d’avoir revu les siens. Il m’a exprimé son regret de n’avoir pu retourner
te voir, le temps lui ayant absolument fait défaut ; je l’ai écouté avec grand
plaisir me dire qu’il t’avait vue bien portante et très fraîche ; mais moi qui
connais ma gosse, je savais que l’émotion devait contribuer à rougir tes joues ;
j’aurais aimé qu’il pût me parler des enfants, mais tant pis.


Tes 2 paires de chaussettes me sont arrivées dimanche ; je les ai apportées ici, et
je suis maintenant très suffisamment pourvu ; le tabac et les cigares ont été, comme
toujours, tout à fait les bienvenus. Tu m’annonces un colis de linge et tu ajoutes
bien gentiment qu’il renfermera des douceurs ; je t’aime bien de penser ainsi à moi
et de t’ingénier à me faire plaisir ; mais pense aussi à mes forces et
dis-toi que leurs limites sont atteintes. Tu ne m’en voudras pas, hein ?


Dans ma dernière lettre, j’annonçais une lettre de M. Lucquet ; je répare mon oubli :
elle est ci-jointe. Je tâcherai de répondre aujourd’hui ou demain ; mais la
correspondance me pèse un peu, sauf avec toi bien entendu.


Je te prie de faire une bonne distribution d’embrassades à la maisonnée ; pour toi,
des baisers bien tendres de ton Jean.



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