Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19151024_53J6_0290

Transcription :


Dimanche 24 8bre
1915.


Ma chère Louise,


Encore un mot avant de quitter Habarcq ; ns partons
dans une heure pour les tranchées, par un temps brumeux et froid, qui convient à
notre marche. L’hiver approche, les nuits et les matinées deviennent très froides
par suite d’un épais brouillard, mais je suis paré, dans la mesure du possible. On
se garde avec soin des coups de froid.


Comme je te le disais, je n’ai pu emporter toutes mes richesses ; je laisse à l’école
d’ici musettes et un paquet, et à la voiture une autre musette. J’emporte un
sac et une musette bondés de provisions, crois bien que je ne mourrai pas de fin
pendant ces 10 jours de tranchées. Je réduis ma charge au strict minimum, en
laissant mon caoutchouc et mon linge de dessous ; j’ai mis du linge propre et j’en
emporte une série de rechange également propre. En fait de chaussettes, j’ai tout ce
qu’il faut ; plus que 2 chemises chaudes, et puis rien, mais tu fais rien ; ou bien il faut jeter. Tes victuailles et gâteries
partent avec moi, j’aime mieux laisser les autres ; mais sur ce point encore, je
suis sursaturé pour 3 ou 4 semaines. Tes conserves sont




tout à fait excellentes, et choisies de la main d’une tendre petite femme ; je
t’écrirai quand ma provision sera près de s’achever.


Votre lettre du 2 vient de m’arriver. Dis bien à mon grand que je suis satisfait de
ses notes en classe et de sa conduite ; qu’il continue ainsi, et n’oublie pas de me
faire connaître son rang dans les compositions. Dis-leur aussi que j’accepte qu’ils
ne m’écrivent que tous les 15 jours, puisque leur travail les absorbe beaucoup.
Surveille bien mon Minet afin qu’il ne se surmène pas, au besoin Pépé se chargerait
bien de voir M. Lucquet à ce sujet. Merci pour les amitiés que tu me transmets et
surtout pour tes gentillesses et câlineries.- Quelle providence pour les petits que
ce bon Pépé ! visite au sommet de la cathédrale, promenades d’herborisation, sans
compter les bonnes parties à la maison. Pourvu que cela puisse encore durer
q.q. semaines, hein, mon cher Pépé ?
Enfin je ne veux pas insister.


Croyez que je vous embrasse tous très affectueusement, et surtout mon petit saule
pleureur.


Jean



Aucun commentaire