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Transcription :

Lundi, 11
8bre
15

Mon Aimé

J’avais bien prévu que tes chères nouvelles seraient plus longues à me parvenir de ces redoutables tranchées, je n’ai rien reçu ces deux jours, depuis que tu m’annonçais que le repos s’achevait. Retient-on déjà et à nouveau les correspondances, et veut-on entreprendre quelque chose. Cruelle incertitude à nos cœurs inquiets. Mon Dieu ! que la situation me paraît compliquée maintenant ! Et dire que le mauvais temps recommencent déjà et qu’il vous faudra rester mouiller peut-être huit jours durant. Si au moins je te sentais en possession de tes effets chauds. J’espère que le chandail


te sera arrivé rapidement.

Je viens de toucher enfin mes mandats. Samedi m’étant présentée a la Trésorerie, on n a pas voulu me payer sans que j’ai fait régulariser les mandats à la Préfecture, je m’y suis donc rendue le même jour et ce soir je suis allée les chercher et je viens de toucher la forte somme de 1 145 ; je n’en ai guère profité puisque
j’ai pris en même temps une obligation de 1 000 F. Je ne pouvais pas garder tout cet argent, il me reste actuellement (y compris les 100 frs d’écus qui me restent). 800 frs et mes plus gros frais sont faits et Dieu sait s’ils ont été nombreux, c’est d’ailleurs toujours la rente du mois d’octobre. Tu vois que je ne serais pas prise. Mon percepteur de Salornay m’a fait une affaire un brin ennuyeux,
ce doit être un grand négligent, car je lui avais écrit de St
André huit jours avant mon départ en lui mettant un timbre pour la réponse, pour l’informer


que je partais. Il ne m’a répondu ni à Mazilly, ni encore ici (j’avais donné aussi mon adresse de Bourges). Je viens donc, en prenant ma 2e obligation, de m’informer à la Trésorerie, si je pourrai faire mon échange et on m’a répondu que je ne pouvais que le faire dans la perception où j’avais fait le versement et l’on s’est étonné très fort qu’une obligation prise le 18 Août n’ait pas pu avoir son titre definitif avant fin septembre. Et cependant j’y suis allée le 4 septembre puis le 10 en accompagnant Claudia j’ai demandé au percepteur de bien vouloir m’informer, afin que je ne fasse pas d’autre voyage inutile dès qu’il aurait reçu le titre Enfin je lui ai récrit 8 jours avant le départ. Somme toute l’affaire est d’assez menu importance, car au pire je n’échangerai mon titre que dans un an à Salornay et je toucherai je pense sans difficulté les coupons échus.


André a fait ce matin sa première composition en version latine, il éttait très calme et ne paraît pas avoir fait de bêtise. Avant de rentrer au lycée ce soir il a fait avec son Grand-Pere une grande promenade ou naturellement on a fait de la botanique ; partis avec un beau soleil, ils sont revenus par la pluie. Minet semble très bien suivre sa classe il n’y a que pour l’ son orthographe qu’il paraît au-dessous du niveau : Ils ont tous deux très bonne mine et très bon appétit.

Ma cuisinière est enfin installée, et Grand-Pere ayant très fort raboté la porte du placard devenu, ma cuisine est devenue fort proprette et très commode. Elle est claire et gaie. Notre appartement nous donnera je crois satisfaction.

J’espère très fort ta lettre pour ce soir ou demain et je t’envoie tous nos plus tendres baisers.

    Ta petite Louise


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