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Transcription :


Bourges le 9 8bre15


Mon Jean,


J’ai reçu ce matin ta carte du 6, il me faudra certainement patienter 2 ou 3 jours
car il est improbable que la poste pa soit aussi rapide des
tranchées.


Et pourtant c’est lorsque l’on vous sent dans ces affreux souterrains que l’on
voudrait surtou
surtout le avoir de rapides nouvelles.


Nous sommes un peu ahuris de voir comme les choses se compliquent et j’arrive à
croire parfois que la situation arrivera à être tellement inextricable pour tous que
l’on sera obligé d’en revenir à la diplomatie pour achever de régler cette
entreprise gigantesque





Mais Que de mauvais moments il y a encore à passer ! On aurait vraiment
plus de courage si l’on voyait une réelle bonne orientation. Je sais bien que je
traverse la crise la plus dure, celle du début (Marcelle me le disait bien pendant
les vacances) mais je vois bien aussi que l’on se fait difficilement à de si cruels
soucis. Pourtant je suis beaucoup plus calme, je ne pleure presque plus et je
reprends un peu de goût à mes habitudes. Nous serions dans notre nouvel
appartement
tout-à fait bien si j’avais ma cuisinière, c’est inouï ce
qu’il faut être patients ici ; et encore on n’ose pas paraître mécontents envers les
fournisseurs, car ils sont tellement débordés, qu’ils vous auraient vite envoyés
promener. – Le temps est redevenu beau, peut-être le mois d’octobre sera-t-il
favorable aux opérations militaires. Je'avais envoyé mes mandats par le
Père à Monsieur Dugat qui a été surpris que l’on m’ais fait





des difficultés, il parait qu’ici, ils se touchent tous dans ces conditions. Ce soir
je vais monter à la Trésorerie. Je t’enverrai les paquets de tabac dès ce
soir,
, j’y joindrai les boutons mécaniques. Je te renverrai d’ici 8 jours
un saucisson, puisque tu m’en m as demandé l’envoi pour
tous les 15 jours. Dis moi bien si quelque chose peut te faire envie. Tu dois bien
voir ce que les vieux poilus apprécient le plus. Claudia m’a dit t’avoir fait un
envoi. J’ai reçu ce matin une longue lettre de Francisque, il regrette de plus en
plus leur éloignement, il ne voulait pas croire lorsqu’il est parti, que tu irais
dans les tranchées, il me semble pourtant que c’était aussi évident que maintenant.
Mais je me rends compte que le chagrin me rendrait facilement amère, il étais
impossible que cela pèse sur leur décision. Je serais plus calme si je sentais près
de moi une vraie affection comme





celle du Père, à demeure jusqu’à la fin des mauvais jours, mais déjà sa Chère Marie
lui disait dans sa première lettre que dès que je n’aurai plus besoin de lui, il lui
revienne. Et dire que cette femme a sa sœur qui est libre, avec laquelle,
elle avait formé le projet autrefois de passer sa vieillesse Ne fais point de
réflexions écrites à ce sujet, d’ailleurs je crois que Père est loin de penser
au retour
. André a bien besoin de retrouver son travail au complet, les
évènements l’excitent et comme il te le disait il me laisse moins de calme que j’en
désirerais ; mais cela reviendra car il sait bien aussi être sage. Maurice a plus de
travail que ses 8 ans n’en voudraient peut-être, pourtant cela lui ferait bien mal
au cœur de rétrograder maintenant et plusieurs enfants de sa classe sont avec
lui
. D’ailleurs les classes de la rue Joyeuse sont tellement au complet
que je me demande si l’on trouverait actuellement une place en 4ème Le pauvre Chéri
n’est peut être pas dans d’excellentes conditions, mais c’est la guerre qui veut
cela. Catherine et Claudia m’ont écrit "
"
affectueusement, elles
partagent mes transes et me montrent beaucoup d’affection.


Père t’écrira prochainement, et il se joint à moi ainsi que les bambins pour
t’embrasser de tout cœur.


Je t’aime Louise



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