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Transcription :


Dimanche 26 7bre 1915.


Ma chérie,


Ta lettre du 21 m’arrive à l’instant, et elle est pour moi un gai
rayon de soleil au milieu de l’épais et froid brouillard qui nous entoure.


Depuis ma carte du 24, rien de nouveau ; nous ne sommes pas encore
engagés, et rien ne permet de prévoir à quel moment nous le serons. En tout cas,
ns sommes en pleine
bataille, la grosse artillerie fait rage autour de nous, on attend fiévreusement les
résultats des attaques, on regarde défiler les groupes de prisonniers et les
voitures de blessés. Les premiers résultats obtenus sont bons et même fort
encourageants un peu partout ; les prisonniers sont très jeunes (15 à 20 ans) et
dans un état lamentable ; l’état moral des nôtres est bon, et on colporte certains
propos de nos grands chefs qui seraient très






très optimistes (mais sont-ils authentiques ?).


Malheureusement il pleut depuis 3 jours, les chemins deviennent
mauvais ; l’avant-dernière nuit ns avons fait sous la pluie une marche d’approche de 20 Km très dure ; la
dernière nuit ns avons campé
sous nos tentes ruisselantes ; c’est maintenant que mon caoutchouc me devient
précieux ! Mon lieutenant a été évacué pour maladie, je le remplace provisoirement
comme chef de section et j’y gagne de ne plus porter de sac ; j’en suis enchanté !
L’heure est venue de dépenser largement pour se soigner, je n’y manque pas. Ma santé
reste excellente, et malgré la fatigue et le mauvais temps les côtes ne me font
guère mal : j’en suis surpris. Seulement ns commençons à être très sâles, et impossible de se laver
et nettoyer.


Ne sois pas inquiète, nous ne serons sans doute guère engagés, et on
sera aussi prudent






que ferme. Surtout ne t’inquiète pas des retards dans la
correspondance, ces retards sont prévus et d’ailleurs indispensables. Je t’embrasse
bien tendrement, mais tu sais bien ! Partage à nos petits mes affections, et
recommande à mon André de bien débuter dans son année (de se défier des accidents
des premières compositions).


Ton grand ami,


Jean


P.S. Envoie-moi, je te prie, les objets suivants et pas davantage : chandail,
passe-montagne en drap, 1 paire chaussettes laine, 1 saucisson, 3 fromages.- Pour le
reste, je te récrirai. Merci et bibi.



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