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Transcription :


Le 28 Aôut 1915


Ma tendre Lisette,


Ces derniers jours, j’ai pensé à toi plus souvent encore que de coutume, car je sais
bien que tu dois être attristée par la nouvelle que je t’envoyée le 20 courant ; ce
n’est évidemment pas une surprise, mais il est evident que c’est pénible tout de
même.- Cependant, tu sais que je te parle très franchement et que ce n’est pas
maintenant que je vais changer de manière ; et bien je t’affirme catégoriquement
que, jusqu’à la reprise (éventuelle) de notre offensive, nous ne courons que très
peu de risques ; en outre, la vie dans les tranchées, maintenant beaucoup mieux
aménagées, est préférable à celle des dépôts, car on y est plus libre et plus à son
aise ; j’entends chaque jour les gars répéter qu’ils regrettent leurs tranchées. Il
ne faut donc pas se faire un monde de notre vie au front actuellement ; nous ne
sommes pas les forçats et les martyrs que certains s’imaginent, cela est si vrai
qu’hier soir, nous avons chanté et ri de bon cœur jusqu’à minuit p à
l’occasion de la fête d’un camarade ; je n’ai evidemment pas chanté, mais ri de bon
cœur tout




comme les autres : à quoi bon rester morose ? cela avancerait-il d’un iota la fin de
la guerre ? Crois-moi : jouis jusqu’au bout de tes vacances, et sois heureuse


dans la plus large mesure possible.


Ici rien de nouveau, tout au moins rien de précis ; on parle beaucoup de nous changer
de secteur à très bref délai ; certains indices p m’incitent à le
croire ; quand à la date de notre depart, on l’ignore, de même que la destination :
cela est tenu secret, à juste titre d’ailleurs. Naturellement je te tiendrai au
courant dans la mesure de ce qui est possible et permis


Hier hier
soir j’ai revu Hanbret, accompagné de son sergent-major (le fils
Brustlein, du Vigneron, Ingénieur des Mines) ; ils venaient me prendre pour dîner
avec eux, mais je n’ai pu partir dans l’eventualité du changement de secteur. Je les
verrai demain si possible.


Ta lettre d’hier, attendue impatiemment, a été la toute bienvenue ; tu as si bien
compris et accepté mes souhaits, et tu me redis si mignonnement que vous m’aimez
tous, que cela remplit joyeusement le vide intellectuel et moral de mes heures.


Le départ du Ct Maraude est
un petit contre-temps, mais pas davantage ; tu as de suite trouvé la bonne
solution : ne relouer l’appartement que lorsque tu seras rentrée, et, à
des gens qui te plaisent, il y aura bien une petite difficulté qui sera de trouver
une 2ème cuisinière, mais tu verras sur place.- Ce que tu m’as
dit du voyage de père dans le Jura m’a surpris : je les croyaïs pressés de retrouver
la tranquillité de leur bonne ? serait-ce que Marie s’ennuyait trop avec vous ?
enfin, n’essayons pas de comprendre, bien que cela me paraisse un peu raide.


Demain dimanche, j’espère qu’on nous laissera tranquille : j’en profiterai pour
dormir 12 heures, car j’ai un arriéré à liquider.


A bientôt une de vos bonnes lettres ; en attendant bien des baisers affectueux à
tous, et plus particulièrement à toi, ma tant aimée


Jean



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