Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19150827_53J6_0142

Transcription :


Le 27 août 1915


Ma chérie,


Nous sommes au repos depuis hier, à une quinzaine de Kilomètres des lignes de feu, et
nous y resterons une semaine. Le voyage s’est fait de nuit naturellement, comme tous
les mouvements de groupes, et il a été très pénible tant à cause de l’enorme sac que
de la traversée de 5 Km de boyaux, les épaules me cuisaient et nous étions tous très
las ; arrivés vers 1 heure du matin, nous nous sommes étendus sur la paille des
granges comme des bêtes. Le lendemain jeudi, j’etais de jour, et ce n’était pas une
sinécure. Aujourd’hui jeudi vendredi, nous arrivons de prendre une douche
à Bruay ; ce soir il y a exercices, ainsi que les jours suivants, de sorte que notre
repas sera très relatif. J’ai pu trouver un lit chez l’Instituteur du pays, et je
l’ai trouvé bon après mes 6 nuits sur la dure ; impossible d’en trouver un ailleurs,
tout étant réquisitionné pour les officiers ; je suis allé demander à cet Insteur de
m’indiquer une maison où je pourrais coucher, ne voulant pas le deranger, et c’est
lui qui spontanément m’a offert un bon pliant. Je me porte toujours bien et me
soigne le mieux possible ; notre alimentation reste parfaite. Je commence à



connaître les gens au milieu desquels je vis ; et tout en restant aussi isolé
moralement et intellectuellement, je cause un peu plus ; les camarades ne sont pas
désagréables au fond, bien que leur langage et leurs façons soient plutôt scabreux.
Le capitaine qui commande la compagnie est assez sec et peu sympathique ; il manque
de bienveillance et de largeur d’esprit ; les lieutenants sont plus liants et plus
appréciés. J’ai retrouvé au régiment bon nombre d’Instituteurs du Cher,
nous avons causé avec plaisir ; et c’est parmi eux que je pourrai me faire
q.q. bons camarades ; malheureusement il
n’y en a pas un seul à ma compagnie. Pendant nos 4 jours de tranchées, le régiment
n’a perdu, je crois, qu’un seul homme ; c’est un soldat de la section de Poupat ;
tué au moment de la relève par une balle en plein front ; tu vois que notre secteur
est peu actif et peu dangereux, et que tu peux conserver une tranquillité au moins
relative.


Hier Mauchet est venu me voir et ce soir j’irai, si possible, dîner avec lui à 5 Km
d’ici ; tu devines combien nous étions heureux de nous retrouver si fortuitement ;
il rentrait d’une permission à Firminy ; il a donc pu me donner des nouvelles
précises et fraîches de ma famille : tous s’y portent bien, y compris Elise ; l’avis
officiel de la mort de ce pauvre Luc est enfin arrivé ; les 3 Chatelards sont au
front, sans accident jusqu’ici ; les Chatelards de l’Orme et leur beau-frère
sont




revenus dans les usines et y gagnent beaucoup ; de Chazelet, je ne sais rien ;
Mourier est allé q.q. jours en permission, très
affaibli et surtout très déprimé, l son départ a paraît-il été navrant
tant il craint de n’en pas revenir. Barthélemy a trouvé le bon filon : il commande
une compagnie de cantonniers, jouit de beaucoup de bien-être et d’indépendance, ne
court aucun risque.


Je n’ai rien reçu de toi depuis le 24 ; la poste a du avoir un accroc ; j’ espère
pour ce soir.


Embrasse bien Claudia et nos petits ; à toi mes plus tendres baisers.


J Déléage



Aucun commentaire