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Transcription :


Mâcon 9 août 15


Mon Cher Jean,


Nous nous trouvons un peu seuls, Marie et moi, depuis le départ de votre chère
maisonnée. Mon gentil et mignon petit Maurice, que j’avais depuis plus de 2 mois, me
manque tout particulièrement. Il m’était si attaché et me témoignait, si
affectueusement et de sa voix si douce, ses si bons petits sentiments.


André aussi était bien intéressant ; il est devenu presque toujours bien sérieux
et bien raisonnable. Il a montré une excessive admiration pour mon herbier, qu’il
a regretté de ne pouvoir tout parcourir ; et son amour




précoce et si vif de la botanique, m’en faisait un compagnon agréable de promenade et
lui vaut un titre de plus à mon affection de grand-père.


Et comme il s’est plu à me dire et redire toute sa reconnaissance et ses tendresses
pour mes petites attentions ! Il a bien du cœur et cela lui fait bien pardonner
les petits oublis, qui sont si bien de son âge.


Et puis il raisonne si sagement et si intelligemment quand il veut ; et il sait si
bien tant de choses déjà et les dit si bien. Ils nous donneront tous les deux
bien de la satisfaction, [n]os chéris si rien ne leur arrive. Et c’est une
bien grande joie pour moi d’avoir une si belle famille.


Combien vous en devez être privé, mon cher Jean ; et cette séparation sera bien
ce qui vous sera le plus pénible.




Nous avons depuis deux jours surtout une chaleur excessive ; et notre logement, si
agréable pendant la plus grande partie de l’année, est une véritable étuve dans ce
moment. J’ai heureusement mon caphar, où il fait relativement bon ; et Marie a le
quai, où il y a de bien beaux ombrages. Et puis cela va durer si peu longtemps. Et
c’est si petite misère.


Et je retournerai à St-André quand les raisins seront presque
mûrs, ce qui va marcher vite, si cette chaleur continue. Il y en avait encore de
biens jolis quand nous avons quitté Mazilly, et en passable quantité, malgré les
maladies.


J’ai reçu, ce matin, une longue lettre de Berthe qui m’annonce définitivement qu’ils
abandonnent leur espoir de voyage cette année ; et qu’en dépit de tout son désir de
nous revoir, elle ne saurait se résigner à laisser son France, dans un moment


[Surplus]


Nous adressons nos plus sincères remerciements à l’aimable famille de collègue qui
vous donne une si gentille hospitalité et lui en sommes bien reconnaissants.




où il a besoin d’un redoublement de soins, en raison des grandes chaleurs qui
l’éprouvent un peu. Et elle me laisse entrevoir aussi que la mer n’est pas sans
inspirer quelque appréhension.


Pour mon compte, malgré tout le bonheur que j’aurais de la revoir, je préfère qu’elle
reste auprès de son mari jusqu’à ce qu’ils puissent faire ensemble le voyage.


Et Louise aura aussi l’affectueux courage de penser et de dire comme
moi.


Mon cher Jean, les terribles choses de la guerre ne vont toujours pas à notre gré. On
espère toujours cependant que cela viendra. Mais on ne sait plus que conjecturer. Et
l’on ne va plus voir les communiqués.


Nous venons de recevoir la visite de mon ancien élève Porcheron, [fourrés] de
mitrailleuses M 60. Il nous dit que l’esprit reste bon dans son secteur.


Mme Laisy, sur la foi de son mari, nous affirme que la
Roumanie marchera bientôt avec nous.


[Surplus]


Bon courage, bon espoir et bonne chance, mon cher Jean. Nous faisons incessamment
pour vous les vœux les plus ardents pour que vous soyez le plus vite rendu à votre
chère famille. et vous embrassons Marie et moi du meilleur cœur


Père



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