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La famille Déléage

Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


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Transcription :


Bourges 4 août 1915


Mon cher Collègue,


Vous êtes bien aimable de nous avoir donné de vos nouvelles et nous vous
remercions infiniment.


Nous avons regretté de ne pas connaître le jour de votre départ, parce que nous nous
serions fait un devoir d’aller vous serrer la main et vous souhaiter un prompt et
heureux retour.


Depuis quelques mois, tant à cause d’Henri que des amis que nous avons dû héberger
pour leur permettre de soigner leur fils à l’hopital militaire, nous avons vécu
presque reclus.


A l’heure actuelle, nous sommes seuls ma femme et moi. Mr. Bousquet, qui a eu une
permission de six jours qu’il a passée près de nous, vient de repartir sur le front
x sa femme l’a reconduit à Paris où elle doit rester quelques semaines chez mon
beau-frère.




Ainsi trouvons-nous la maison grande et les jours interminables.


Si seulement les journaux nous donnaient des nouvelles intéressantes ; mais ils sont
d’une indigence rare à ce point de vue et, d’après vous, lorsqu’ils nous annoncent
quelques faits encourageants, il faut s’en défier.


Avouez que ce n’est pas gai.


Il est certain que le recul de nos bons amis les Russes n’est pas fait pour
précipiter l’heureux dénouement que nous souhaitons. En mettant les choses au mieux,
je crois bien que non seulement nous aurons une seconde campagne d’hiver, mais
aussi une 3ème campagne d’été. J’estime, en effet, que nous en avons
encore au moins pour un an. Je désire de tout mon cœur me tromper. Malheureusement,
je ne suis pas le seul à penser ainsi. Ce qui m’effraye encore c’est que nos
dirigeants ne me paraissent pas tirer tout le parti possible des forces et des
ressources de




la nation. Ils manquent, à mon sens, de méthode, de prévoyance et plus
encore d’esprit de décision.


C’est certainement beaucoup de prétention de ma part de parler ainsi. Cependant il y
a tout de même des choses qui crèvent les yeux de ceux qui en ont et qui cherchent à
s’en servir.


Nos alliés les Anglais font-ils aussi, de leur côté, tout ce qu’ils peuvent ?


Il me semble que leur puissance industrielle jointe à la nôtre et à celle des
nations amies devrait nous mettre à même de dominer avant peu la production
austro-boche. Malheureusement on a trop attendu pour se mettre à l’œuvre et pendant
ce temps nos adversaires redoublaient d’efforts, c’est ce qui explique leur succès -
momentané je veux bien le croire – sur le front oriental.


D’un autre côté, depuis qu’on fait appel à l’industrie privée pour la fabrication de
nos munitions, il semble qu’il y ait beaucoup d’incohérence dans les ordres donnés.
Pour vous




en donnez un exemple, tous les établissements métallurgiques de Vierzon ont été
réquisitionnés pour faire des obus. Au début, en raison du manque d’outillage
spécial, les résultats étaient maigres, dit-on, mais, les chefs d’usine ont fait
l’achat des machines nécessaires et lorsque tout a bien marché on a cessé de leur
faire des commandes. C’est à n’y rien comprendre.


De Bourges même je n’ai rien à vous dire pour le moment. C’est toujours le même
mouvement de soldats aux costumes hétéroclites, la même placidité chez les habitants
du pays.


Avec l’espoir que vous nous ferez le plaisir de nous donner de vos nouvelles de
temps en temps, ma femme et moi vous prions d’agréer, avec nos meilleurs vœux de
bonne santé, l’assurance notre sincère amitié pour vous et les vôtres.


A.



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