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La famille Déléage

Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


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Transcription :


Le 31 juillet 1915.


Ma chère Louise,


J’ai reçu hier ta lettre du 27, la poste marche donc assez vite ; j’attends demain
celle de mes Petits, et ma Grande y aura bien ajouté un mot. En même temps
une bon mot m’est arrivé d’Alger où je lis à regret que Berthe ne
viendra pas en France cette année, et un autre mot d’Etang où notre excellent Birkel
me demande à venir combattre près de moi et m’informe que Robert est à l’infirmerie
et Lucie à Moudoubleau. Enfin, pour terminer avec ce chapître de la correspondance,
j’ai envoyé hier 2 cartes à Bourges, l’une à Surier, l’autre à Nicolas ; il faudra
que je pense à Jasinsky puisqu’il m’a paru y tenir.


Et je reviens à ta lettre pour te dire qu’elle a eu le sort des précédentes, qu’elle
a été lues avant les autres et que j’ai laissé passé l’heure du dîner
pour la mieux savourer. Votre joie de revoir Mâcon me fait plaisir, et je suis
heureux que vous puissiez vous offrir cette petite compensation des tristesses de
l’heure ; dis bien à Père et à Marie que je leur sais beaucoup de gré pour tout ce
qu’ils font dans le but d’atténuer votre isolement, et que si je ne leur écris pas
directement c’est que jusqu’ici mes lettres s’adressaient à toute la famille ; mais
dorénavant je ne les oublierai pas dans mon courrier.




A partir du 2, je serai heureux de te sentir tranquille avec Claudia, et je souhaite
que votre retour s’effectue sans incident suivant ton projet.


Quant à moi, absolument rien de nouveau ; nous envoyons chaque semaine de petits
renforts à notre division, mais la date de mon départ reste toujours indéterminée.
Notre emploi du temps reste le même ; comme je suis chef de section, on me dispense
de prendre la garde le jour et le planton, et j’assiste à tous les exercices sans
porter le sac ; ce sont de petits avantages que j’apprécie beaucoup. Il y a bien
une contre-partie, qui consiste à commander à plus de 100 hommes et à en prendre
toute la responsabilité ; mais je crois que je m’en tire à peu près convenablement,
j’ai moins de peine à me faire obéir, et maintenant qu’on me sait assez exigeant au
point de vue discipline on en prend son parti tout en reconnaissant que je ne suis
pas un ogre. Je constate que les sous-officiers revenus du front n’ont
guère d’autorité et ne cherchent pas à en acquérir ; ils prétendent
que dans les tranchées c’est chose impossible, et même dangereuse dans les cas
difficiles ; ce sera donc une nouvelle adaptation à faire, mais me voilà bien>
averti.


Aujourd’hui et demain, nous continuons à nettoyer notre village ; c’est presque un
travail de Romain, et si mon André veut




en avoir une idée qu’il relise la légende des écuries d’Augias. C’est pourtant un
travail indispensable, maintenant surtout que les chaleurs arrivent ; car après 3
semaines de tempêtes et de pluies, le ciel s’est éclairci et le soleil brille :
vraiment ce n’est pas trop tôt.


Je me porte très bien, sans aucun malaise ; j’ai tout ce qu’il faut au point de vue
matériel, y compris un petit briquet qui remplace l’autre, trop parfait pour
fonctionner. Mon linge est lavé régulièrement et un soldat de ma section fait ma
chambre chaque jour ; tu vois que si j’avais ma petite femme ici, la vie y serait
très acceptable. – Le 256- etant en ce moment au repos à une
douzaine de kilomètres d’ici, j’espérais voir Variot ainsi qu’il me l’avait ècrit ;
il n’aura sans doute pas été libre, et ce sera partie remise.


La vie est extrêmement cher dans ce pays pourtant si riche ; une douzaine d’œufs se
paie actuellement 4 francs et un poulet 7 francs ; tu vois qu’il ne fait pas bon
s’offrir des «extras», aussi sommes-nous assez rèservés sur ce chapître ; l’autre
jour j’ai payé une bouteille de vin blanc 1 franc, et comme les débitants abusent
parfois l’autorité militaire consigne leurs boutiques, ou, pour parler la langue du
pays, leurs estaminets ;




ces estaminets pullulent véritablement, mais on y vend plus d’alcool et c’est un
progrès car les ivrognes se font plus rares. Mes hotes sont toujours fort gentils ;
à mon départ je verrai comment régler ma dette.


Tu ne me dis rien de notre logement, c’est donc qu’il n’est pas loué : tant pis! Et
j’ai beau cherché, je ne vois plus rien à dire, sinon que l’interminable recul des
Russes n’est pas fait pour avancer l’heure de la libération, quoi qu’en disent les
journaux ; d’ailleurs tu as certainement remarqué que leur ton a changé depuis 2 ou
3 semaines, que leur "
"
assurance et leur jactance sont tombées :
le bon sens reprendrait-il enfin ses droits? Je suis un peu surpris, tout comme
notre bouillant Gaston, qu’on essaie pas de percer chez nous pendant que toutes
leurs armées austro-boches sont retenues en Russie ; en
automne, les Anglais et nous seront mieux préparés, mais n’aurons-nous pas laissé
passer l’heure ?


J’envoie ma lettre à Mâcon pour le cas où elle vous trouverait tous réunis encore ;
dans le cas contraire, Père voudra bien te la transmettre. Je lui adresse à lui et
à Marie, mes bien cordiales amitiés. Embrasse nos Petits avec tendresse ;


A moi aussi, je t’aime.


J Déléage



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