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La famille Déléage

Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_53J6_02_0001

Transcription :


Planfoy. Lundi


Mon Cher Parrain,


Nous avons reçu ta lettre le jour même de notre départ, samedi (elle a mis 6 jours
pour venir) et je ne saurais te dire combien de plaisir elle nous a fait. Nous avons
eu en effet plusieurs déceptions déjà en ne trouvant rien dans notre boîte. Les
nombreux détails que tu nous donnes nous permettent de nous représenter ta vie et
nous souhaitons bien vivement que ta situation reste le plus longtemps possible sans
changement. La pensée que tu allais avoir une élève à quelque 20 kilomètres du front
nous a bien amusés. Mais il faudrait, pour que ce soit , parfait, qu’on
laisse au professeur tout le temps nécessaire pour mener à
bien sa préparation. – Nous nous sommes installés à la campagne depuis 2 jours. Nous
habitons un petit hameau qui s’échelonne le long d’une grande route et qu’enserrent
de part et d’autre les bords assez abrupts d’une vallée profonde. Le paysage




est agréable, sur chaque cime s’enlèvent les jolies têtes déchiquetées des pins. – Le
ciel est d’un beau bleu intense et pur, à moins que l’orage vienne subitement, comme
ce matin, noyer de brume et de pluie toute la vallée. Je t’écris sur le flanc opposé
à celui de la maison, perchée sur un rocher au dessus d’un petit ruisseau qui
chante. L’air sent les sapins et rien qu’à le respirer on se sent le corps plus
vigoureux, l’esprit à la fois plus calme et plus prompt. Nous sommes dehors toute la
journée ; André et Papa ne peuvent tenir en place ; ils voudraient déjà avoir
exploré le pays en tous sens et mon frère montre beaucoup plus d’activité pour
escalader les roches que pour faire un dessin ou « pondre » une composition
française. Maman tricote et invective un petit fourneau qui ne cuit pas le diner
avec assez de célérité à son gré. Quant à moi je lis Dante dans les bois et le plus
souvent je flâne. Nous, nous jouissons pleinement de ce petit coin de vraie




campagne et je crois qu’après deux mois de cette existence simple et bienfaisante
nous ne saurons plus ce que c’est que l’énervement et l’agitation vaine. Marraine
devait venir avec nous mais elle a trouvé qu’elle manquerait d’espace, qu’elle
aurait froid, que ce ne serait pas très commode et en fin de compte elle s’est
décidée à aller à St Just Malmont avec son petit neveu Louis. Nous sommes donc tous
seuls. – Tante Dia nous a écrit qu’elle s’en allait demain auprès de tante Louise et
d’André et Maurice. J’ai eu une bonne surprise à la maison en trouvant leur
photographie. Ils sont si bien eux, ces deux chers bambins, André avec la gravité
sérieuse qu’il a si souvent, Maurice si bien campé et grave, lui aussi. J’ai eu
beaucoup de plaisir à les retrouver tels que j’ai appris à les connaître l’an
dernier et à beaucoup les aimer.


Voilà qu’on me fait signe des fenêtres de la maison ! Il faut que j’aille diner. Papa
a sans




doute projeté une autre petit promenade à faire avant la nuit et il ne faut pas que
je me mette trop en retard. – Au revoir, mon Cher Parrain. – au revoir, pas pour
longtemps, car je reviendrais bien souvent sur mon rocher te tenir compagnie un
moment. D’ailleurs nous vivons bien souvent en pensée avec toi. Je t’embrasse, mon
Parrain, de tout mon cœur.


Ta Jeannotte


Le signes deviennent de plus en plus énergiques. Il faut que je me hâte !


Voici notre adresse : à Planfoy – hameau de Bicêtre – (Barellon)


Papa t’écrira bientôt « Quand il aura repris goût à la vie intellectuelle » me
dit-il.


Je t’embrasse pour toute la maisonnée.



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