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La famille Déléage

Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19150721_53J6_0039

Transcription :


Le 21 juillet 1915


Ma bien chère Lisette,


J’ai reçu hier, 20 courant, ta lettre datée du 17 ; elle n’a donc pas été trop longue
à arriver, et elle a été mieux venue encore que tu peux l’imaginer, car c’est la
première que je reçois de l’intérieur et puis c’est la tienne. Je l’ai déjà relue
plusieurs fois, et avec un intérêt grandissant.


Tout ce que tu me dis me cause un vif plaisir ; mais il y a une ombre, c’est le
violant malaise dont tu as souffert le lendemain de mon départ : quelle fâcheuse
coïncidence que je n’aie pas été là pour te soigner et te dorloter ! espérons que
Pellerin a vu juste et que cette première crise sera la dernière ; en tout cas, tu
as bien fait de l’appeler immédiatement et si tu avais de nouvelles atteintes
n’hésite pas à te faire soigner méthodiquement, et tiens-moi bien au courant. -
Ainsi que tu le dis encore, tu as du passer de bien tristes heures après notre
separation ; crois bien que j’étais avec toi par la pensée, et que je n’étais
guère moins triste ; ton André a prouvé à ce moment qu’il est plus grand garçon que
nous pensions, et je le félicite d’être ainsi un véritable ami pour sa maman
momentanément désemparée. Quant à Maurice, enchanté que tu l’aies vu "resplendissant
de santé" ; rien ne me fait plus de plaisir.




Je t’adresse cette lettre à Mâcon, afin qu’elle arrive plus tôt ; de ton côté, écris
toujours à mon adresse militaire], bien que tu
connaisses l’autre, sinon il pourrait m’arriver de sérieux ennuis : les ordres sont
formels et les sanctions suivent immédiatement les violations. Je suis convaincu
qu’un séjour dans ton cher Mâcon te fera du bien, que les enfants s’y plairont, et
qu’enfin Pépé et Marie seront heureux de vous avoir un peu. Donc bon voyage, et
aussi bon retour. A ce propos, tu as bien fait d’écrire à Claudia, elle viendra
sûrement si elle est libre et il est inutile que je lui écrive à ce sujet. - J’ai
écrit à Varriot il y a q.q. jours, et il m’a répondu par
une gentille carte où l
en sa qualité de poilu expérimenté il me donne
de judicieuses et utiles indications ; maintenant, nous ne nous perdons pas de vue.
– J’enverrai un de ces jours un mot à M. Marande puisqu’il nous a écrit
aimablement.


Pas grand-chose de nouveau en ce qui me concerne ; toujours beaucoup de mouvements
militaires ici. Nous expédions de petits détachements de renfort à notre division ;
ainsi cette nuit, je vais en accompagner un assez loin, et je rentrerai ici, ma
mission terminée. On travaille ferme, et on ignore toujours si c’est demain ou dans
un mois qu’on en ira au front. Pourtant un incident fâcheux




a failli m’arriver ; un escadron de dragons est venu occuper notre village et toutes
les chambres ont été réquisitionnées pour les officiers, la mienne comme les
autres ; cruel embarras pour moi. J’ai alors essayé du suprême moyen ; m’autorisant
de ma qualité, j’ai demandé à l’Instituteur de m’aider à trouver un lit, et comme il
n’en existait aucun, il m’a aimablement offert une de ses chambres où je suis comme
un pacha ; tout est bien qui finit bien…


De la guerre, rien à te dire que tu ne saches ; pourtant je découpe dans le "bulletin
des armées" une lettre intéressante, d’autant plus curieuse qu’on l’aidel> l’a insérée dans ce journal ; elle est bien pensée, modérée, et qui sait…


A coup sûr, elle t’intéressera.


A bientôt de tes nouvelles, et à défaut de nouvelles un gentil bavardage : tout me
fera plaisir. J’attends aussi une bonne épître de mes chers petits, et aussi un
croquis de la vieille maison que Maurice m’a annoncée. Comme toujours, tu seras ma
distributrice de baisers à la ronde ; pour toi de biens tendres bisettes.


Jean



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