Mouvements de Résistance, Résistants en mouvement

L'exposition "Mouvements de Résistance, Résistants en mouvement" est le fruit d'un partenariat entre le Centre de documentation Résistance et Déportation de Saône-et-Loire et les Archives départementales.
L'histoire de la Résistance pendant la Seconde guerre mondiale y est abordée à l'échelle du département, par le biais de témoignages oraux d'anciens Résistants et de documents d'archives.

Le prêt de l'exposition (4 panneaux) est gratuit, renseignez-vous !

La France dans la guerre

Le 1er septembre 1939, vingt ans après la fin de la Première Guerre mondiale, Hitler, qui cherche à assurer à l'Allemagne un "espace vital", fait envahir la Pologne par ses soldats. Deux jours plus tard, l'Angleterre et la France déclarent la guerre à l'Allemagne et affirment, ainsi, leur volonté de lui faire face.


Cependant, la France ne tarde pas à être envahie par l'ennemi.

En juin 1940, Philippe Pétain, vainqueur de Verdun, président du Conseil, met un terme à la participation de la France au conflit. Un armistice est signé avec l'Allemagne le 22 juin 1940 à Rethondes.

Troupes allemandes à Mâcon

Entrée des troupes allemandes à Mâcon

8Fi745 Affiche de propagande

A Londres, le 18 juin, depuis les studios de la BBC, une voix dissidente se fait entendre. Le général de Gaulle appelle les Français à la Résistance.

Le 10 juillet, le maréchal Pétain est investi des pleins pouvoirs. Un Etat nationaliste et autoritaire, appelé "Etat français", se met en place. C'est la fin de la République.

Chaque français a alors son opinion et ses idées. Il y a ceux qui sympathisent avec le régime de Vichy, ceux qui choisissent de collaborer avec l'ennemi, ceux qui subissent la guerre, neutres et passifs et enfin ceux qui tentent d'agir contre l'ennemi et qui résistent, souvent au péril de leur vie.

 

Arrestation de FTP

La Saône-et-Loire dans la guerre

Du 25 juin 1940 au 11 novembre 1942, la France est découpée en cinq zones, chacune soumise à un régime particulier. Une ligne de démarcation, sorte de frontière au tracé irrégulier, est fixée.

Au nord, le pays passe sous contrôle allemand.

Au sud, la zone restant sous l'autorité du régime de Vichy est dite "libre".

La France occupée

Les cinq zones résultant de la convention d'armistice

1/ zone libre;
2/ zone occupée;
3/ zone annexée au Reich;
4/ zone interdite;
5/ zone d'opérations;
6/ zone rattachée au commandement de Belgique

dossier documentaire à but pédagogique : L'Occupation et la Résistance en Saône-et-Loire, 1940-1944, par André Jeannet

La Saône-et-Loire est l'un des 13 départements français à être traversé par la ligne et scindé en deux. Situés au nord du département, les centres industriels et les ressources minières sont désormais exploités au profit de l'effort de guerre allemand. Le sud du département est une zone plus rurale.

1 Fi 16/40 Ligne de démarcation

La ligne de démarcation entre Montceau-les-Mines et Buxy en 1941

Durant ces années, la circulation des personnes et des biens, de part et d'autre de la ligne est réduite et rigoureusement contrôlée.

poste de contrôle Buxy

poste de contrôle

W120012 Laissez-passer

La Saône-et-Loire devient une zone de carrefour et de passage. Pour tous ceux qui fuient, elle signifie l'espoir du passage en zone libre. Après le 11 novembre 1942, l'ensemble du département est occupé.

Les voies de communication qui traversent la Saône-et-Loire sont nombreuses et présentent un intérêt stratégique. Mâcon, situé sur l'axe Paris-Marseille, n'est qu'à 80 kilomètres à peine de Lyon, "capitale de la Résistance". Mâcon et sa région se révèle alors être le lieu de rendez-vous incontournable des chefs de mouvements et une tête de pont pour l'organisation des déplacements de Résistants.

Le relief et les zones boisées du département sont un des facteurs favorables au développement des maquis.

Résistance et Résistants

En France, la Résistance est née avec la défaite militaire et politique. Elle se poursuit jusqu'à la Libération du territoire et le départ de l'occupant.

Etait Résistant toute personne qui considérait que la guerre n'était pas finie et qui continuait le combat, même sans prendre les armes, là où elle se trouvait et avec les moyens dont elle disposait.

Des hommes et des femmes, de tous âges, de toutes catégories sociales, de tous milieux professionnels, de toutes origines et de tous bords politiques ont agi pour que vienne le jour de la victoire et de la liberté.

Chacun avait sa propre raison de s'engager : son éducation, les valeurs morales et civiques reçues à l'école et en famille, le goût de la liberté, l'idée insupportable de voir les Allemands occuper la France et lui imposer sa loi, ses contraintes et vexations quotidiennes...

De multiples manières de résister ont vu le jour.

W120042 Croix de Lorraine

W120042 Lettre de résistance

W109291 Papillon anti-allemand

Les principaux mouvements de la Résistance

A ses débuts, la Résistance se traduit par des gestes isolés, des actions individuelles ou de très petits groupes. Elle s'organise progressivement et ses effectifs deviennent plus importants, surtout à partir de l'année 1942.

Des réseaux et des mouvements structurés, visant des objectifs définis, voient le jour. Leur organisation, leurs moyens, leurs missions et leur implantation sur le territoire étaient très différents.

La Résistance n'est pas un bloc homogène. Faite de multiples ramifications, elle se caractérise par d'importance divergences de stratégie et d'opinions sur l'avenir.

Parmi les organisations largement présentes sur le territoire national et bien représentées en Saône-et-Loire, on peut citer les mouvements Combat, Libération et Franc-Tireur qui fusionnent sous l'appellation Mouvements Unis de Résistance (MUR), le Front National de la libération de la France (FN), les Francs Tireurs et Partisans Français (FTPF)..., ainsi que les réseaux Marc Breton, Marco Polo...

FTP groupe de Bois Clair, septembre 1944

W109299 Tract 14 juillet 1943

Nombreux sont leurs membres qui ont perdu leur vie dans cet engagement clandestin.

Au cours des années 1942 et 1943, Henry Frenay, fondateur de Combat et Berthie Albrecht, sa proche collaboratrice, trouvent plusieurs fois refuge en Saône-et-Loire, hébergés notamment à Cluny dans la famille Gouze. Recherchée par la Gestapo pour ses activités clandestines qualifiées de "terroristes", Berthie est arrêtée à Mâcon le 28 mai 1943. On apprend son décès en juin.

"La vie ne vaut pas cher, mourir n'est pas grave. Le tout c'est de vivre conformément à l'honneur et à l'idéal qu'on se fait." citation de Berthie Albrecht

Les Résistants d'ici

Les Résistants sont contraints à de nombreux déplacements. Le train et la bicyclette figurent parmi les moyens de locomotion les plus utilisés. La circulation automobile est, elle, restreinte en raison du manque de carburant ou de la réquisition des véhicules par les autorités françaises et allemandes. Les déplacements à pied étaient aussi chose courante.

Les raisons des déplacements

  • les réunions

"Parallèlement aux missions, nous assistions souvent à des réunions clandestines qui se tenaient dans l'arrière salle du café Rebouillat, rue aux Fèvres à Chalon-sur-Saône (...) En entrant nous relevions le coin de notre col ; si le tenancier ne répondait pas par le même geste, c'est qu'il y avait quelqu'un de douteux (...) Nous ne repartions jamais ensemble mais toujours dans des directions opposées, il fallait être très vigilants." témoignage d'André Baveux

  • l'exemple des maquis

Maquis de Brancion

"Le groupe de Brancion se déplaçait beaucoup pour ses sabotages, jusqu'à La Clayette à bicyclette." Les déplacements du maquis s'effectuaient "pour la sécurité, puis dans l'hiver vers des sites moins hostiles" mais aussi "pour des regroupements d'unités (...) J'ai compté six attaques et dénombré 32 sites où nous restions un jour ou trois semaines." témoignage de S.J. Effernelli

  • l'action

La Bataille du rail fut une réalité en Saône-et-Loire. En 1943 et 1944, plusieurs centaines de sabotages visant les infrastructures (rails, ponts...) et les équipements ferroviaires (grues de dépannage...) ont été réalisés dans le but d'entraver le mouvement des troupes et du matériel allemands, de désorganiser le trafic et de démoraliser les soldats ennemis.

Déraillement de train

Déraillement de train

Déraillement de train

W109299 Ligne Dijon-Saint-Amour

Le passage de la ligne de démarcation en Saône-et-Loire a fait naître "le passeur" bénévole ou vénal, indépendant ou intégré dans une filière. Celui-ci transgresse les interdits pour aider le clandestin démuni d'Ausweis à franchir la ligne et à passer en zone libre. L'accueil, l'hébergement et l'aide au passage sont des activités qui vont souvent de pair. "Nous avions, en Lorraine, des adresses de passeurs à Chagny et à Moulins. En 1939, chaque village des régions frontalières avait un point de chute. Celui de mon village était Cluny." témoignage de S. J. Effernelli

 

Passeur

 

Parachutage

Dans la nuit du 7 au 8 juin 1944, le lendemain du débarquement allié en Normandie, Geneviève Fassin, Robert Guyon, Boucassot et Thévenet, Résistants, viennent réceptionner sur le terrain "Métacarpe", près de Gueugnon, le matériel et les passagers d'un avion parti de Londres. A bord, des personnalités de la Résistance venues en mission, tel Rosenthal, délégué du maquis du Vercors. La famille Chaussin, propriétaire du terrain, leur apporte son concours.

Pendant la guerre, tous les moyens de communication étaient contrôlés par l'occupant et utilisés pour servir ses intérêts. Malgré les interdictions, les réquisitions ou les mises sous scellés d'appareils, la Résistance s'est exprimée clandestinement. L'écrit a été utilisé pour propager ses idées (tracts, affiches, inscriptions...). Les liaisons radios ont permis de transmettre, de manière codée, des ordres de mission et des renseignements entre les équipes de Résistants. 

W109299 Distribution de tracts

Ceux venus d'ailleurs

  • "les envoyés en mission"

Des Résistants, appartenant à des organisations, se sont déplacés dans le cadre de leurs activités clandestines pour organiser ou appuyer le combat en Saône-et-Loire. "Ce sont presque exclusivement des hommes entre 20 et 45 ans." témoignage de Clause Rochat

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Des agents parfois formés et entraînés en Angleterre sont venus apporter leur appui technique aux équipes locales. Les missions de sabotage ARMADA, en sont un exemple.

"Sauf les délégués en inspection c'était des techniciens du renseignement, des explosifs, des parachutages, des radios ou des équipes pour sabotages délicats ou des instructeurs. Ils dirigeaient des opérations avec le concours des équipes locales. Leur concours était apprécié." témoignage de Claude Rochat

Rapport Missions ARMADA

  • "les autres"

Des hommes et des femmes se sont trouvés là un peu par hasard : israélites, antifascistes, réfractaires au STO, Alsaciens et Lorrains refusant l'enrôlement dans l'armée allemande... Menacés en zone occupée par l'occupant et ses complices, notamment pour des raisons ethniques ou politiques, certains ont défendu la terre de leur refuge. Etrangers, déserteurs de l'armée, prisonniers de guerre évadés... sont également de ceux qui ont participé aux actions locales de la Résistance.

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L'accueil et le souvenir

A toutes ces personnes venues d'ailleurs, il appartenait de se faire adopter. "De la région ou pas, l'admission était toujours aimable et dévouée pour qui venait travailler avec nous". témoignage de S. J. Effernelli

Pour ceux qui ont eu le temps de fraterniser, des liens très forts se sont parfois tissés entre ceux d'ici et d'ailleurs.

Des ombres subsistent cependant, celles des Résistants dont le nom, l'origine et le parcours ne seront jamais connus.